Brief vom 4. Juni 1763, von Sulzer, J. G. an Lambert, J. H.

Ort: Berlin
Datum: 4. Juni 1763

à Berlin ce 4 de Juin 1763.

Il y a longtems, Monsieur, que je devois Vous repondre à vos deux obligeantes lettres du 15 de Fevr. et du 1er de Mars. Je reçus la dernière à St. Gall étant deja en chemin pour retourner en Allemagne. Depuis mon retour nombre de petites affaires qu'il m'a fallu regler et nombre d'autres distractions m'ont empeché de vous écrire. J'ai été charmé d'apprendre par vos lettres que Vous partagés votre tems entre la Philosophie et les Mathematiques. Il est vrai que la gloire qu'on acquiert dans le premier de ces deux genres paroit moins brillante que celle que donnent d'heureux succès dans la carrière des Geomètres. Cependant les vrais philosophes ne vous auront pas moins d'obligation, si vous éclairez les regions tenebreuses de la philosophie, que si vous parveniez à resoudre les problêmes les plus difficiles de la Mecanique. Il me semble que la philosophie a plus besoin que jamais, que des Genies d'un certain ordre lui consacrent leur veilles. Elle a fait si peu de progrès depuis Leibniz et Wolff, que bien des gens commencent à croire, que les principes de ces deux grands hommes sont aussi précaires que ceux d'un grand nombre de leurs prédecesseurs.

L'Academie vient de donner le prix sur le probleme de Philosophie à une très bonne piece, dont l'auteur est un Juif deja connu en Allemagne par quelques ouvrages sur des matières de philosophie et de gout. Il decide, comme Vous l'aurez bien supposé pour l'affirmative de la question et il prouve assez clairement pourquoi on saisit avec moins de facilité les verités metaphysiques, que celles de la Geometrie, quoique celles là ne soyent pas moins certaines. Je ne manquerai pas de vous envoyer cette pièce dès qu'elle sera imprimée. Elle avoit partagé les voix de l'Academie avec une autre, dans laquelle l'auteur donner une très belle description de la methode Analytique laquelle il faut suivre dans les recherches philosophiques.

J'attends avec la dernière impatience les ouvrages philosophiques auxquels vous travaillez. Je prévois que vous nous direz bien du nouveau sur chaque matière. La phenomenologie surtout me paroit d'une très grande importance. Il me semble même que Leibniz aussi bien que Wolf n'ont pas toujours vû la verité lorsqu'il s'agissoit de distinguer le phenomène de la realité même. Si Wolff avoit bien vû cela, comment auroit il pû nous promettre une physique appuyée sur la Metaphysique? Votre Agathologie nous donnera sans doute des règles plus determinées, que celles que nous connoissons jusqu'à présent, sur la perfection des actions morales. Enfin je me promèt une riche moisson de verités ou tout à fait nouvelles ou du moins mieux demontrées qu'auparavant. Quant à moi toutes mes meditations sont concentrées dans la psychologie, où il y a bien des regions tenebreuses encore. Je me flatte qu'une demi-douzaine de Memoires que j'ai lû à l'Academie reveilleront l'attention des philosophes, sur ces matières. Mon grand ouvrage sur les arts, dont je pourrai publier le premier tome l'hiver prochain, est encore relatif à la psychologie et à la Morale. Je tire de la première de ces sciences les principes du gout et les regles des arts, et je prouve que les arts ne sont utiles que lorsqu'on les employe pour la Morale. C'est à la philosophie à decouvrir tous nos devoirs et aux Beaux-arts à nous les faire aimer et à nous en faciliter l'execution. Je rejette tous les ouvrages de gout qui ne perfectionnent ou qui ne fortifient pas nos sentimens moraux; je condamne tous les ornemens dont on charge les ouvrages de gout, toutes les Beautés de detail, qui ne tendent pas à fortifier les bonnes dispositions morales. Tout ouvrage de gout, dont l'utilité ne passe pas les bornes de l'amusement, est frivole selon mes principes. Je crois même avoir demontré que dans ce dernier cas les arts sont plus nuisibles qu'utiles. Je ne me flatte pas de gagner par cette rigueur l'approbation du grand nombre des poetes et autres artistes. Aussi n'est-ce pas là mon intention.

Mr. Euler me paroit avoir mal compris, ce que Vous Luy avez marqué au sujèt du prix que son fils a remporté à l'Academie de Munic. Il croit peut être que votre avis n'auroit pas été favorable à la pieçe couronnée, quoique certainement je n'aye rien conclû de semblable de votre lettre, qu'il m'a fait lire. Mais ceci est pour vous, et je vous prie de ne lui point faire remarquer que je vous en ai parlé.

Quoique le Roi parle souvent de nouveaux arrangemens, qu'il a projetté pour l'Academie, nous ne savons pas encore en quoi ils consisteront. Sa Majesté s'abouchera sur cela avec Mr. d'Alembert, qui verra le Roy après demain à Clèves, et qui s'il le veut, sera notre Président. Tous ceux qui ont tenté de donner au Roi quelque conseil à ce sujèt ont été rebuté. J'espère que dans un mois d'ici je pourrois vous écrire quelque chose de plus positif sur cette affaire. J'ai l'honeur d'être avec une très parfaite estime Monsieur

Votre très humble & tres obeisst. servit.
JGSulzer.

Bearbeitung

Transkription: Baptiste Baumann
Kommentar: Baptiste Baumann

Überlieferung

H: UBB, L Ia 745, 97–98.

Anschrift

a Monsieur| Monsieur Lambert, Professeur honoraire de l'Academie des Sciences de Munick.| à Coire chez Mess. Daniel & Ambroise Masner Banquiers.| frcò Nrnberg.

Eigenhändige Korrekturen

partagés votre tems
partagés levotre⟨ tems
celles là ne soyent
celles là ⟩ne⟨ soyent
concentrées dans la psychologie
concentrées sur dans la psychologie
lorsqu'on les employe
lorsqu'on les fait servir employe
aux Beaux-arts à nous
aux Beaux-arts de à nous
l'utilité ne passe
l'utilité est bornée ne passe
de ne lui point faire
de ne lui rienpoint⟨ faire

Stellenkommentar

une très bonne piece
M. Mendelssohn, Abhandlung über die Evidenz in Metaphysischen Wissenschaften, 1764.
une autre
Der zweite Preis wurde an Immanuel Kant für seine Untersuchung über die Deutlichkeit der Grundsätze der natürlichen Theologie und der Moral verliehen. Gedr. in: M. Mendelssohn, Abhandlung über die Evidenz in Metaphysischen Wissenschaften, 1764, S. 67–99.